Deux interviews pour « Mélissa »

Il y a un an, le réalisateur Emeric Gallego présente le film “Mélissa” dans le cadre du NIKON FILM FESTIVAL, puis lui fait parcourir le monde dans différents concours tout en l’intégrant dans le catalogue de DENAN Productions.

Dans la mesure où la thématique de l’édition 2022 est le rêve, le réalisateur se doit de mûrir correctement son idée. Le résultat prouve qu’il s’attache à respecter fidèlement les règles sans pour autant négliger la création de son univers. 

L’histoire met en scène le personnage de Mélissa, incarné par l’actrice Jennifer Guillet. La jeune-femme fait face à la caméra, tandis qu’elle se lançe dans un monologue poignant. En effet, les mots qu’elle prononce sont beaux et tristes à la fois.

Le contexte est placé dans un salle de théâtre. Mélissa se tient debout sur la scène. Totalement seule, l’environnement s’apparente à une bulle où elle se confesse sur ses peurs et ses espoirs. Dès lors, le spectateur se retrouve complètement focalisé sur elle. 

Quant aux plans, ils sont pensés pour faciliter l’immersion. Peu nombreux, ils suffisent amplement à susciter l’émotion. Le jeu de l’actrice est lui aussi un élément qui permet de faire passer l’émouvant témoignage.

Le format court de l’œuvre n’enlève en rien l’efficacité de celle-ci. Mieux encore, il lui permet d’aller droit au but et de raconter son récit sans détour. En conclusion, le réalisateur maîtrise son sujet à la perfection et signe un chapitre de sa filmographie très réussi.

 

Image du réalisateur et du film "Mélissa" 

Emeric Gallego, vous êtes le réalisateur.

 

Pouvez-vous nous dire comment vous est venue cette idée ? 

Emeric Gallego : Il y a eu pas mal de raisons qui m’ont poussé à faire ce court-métrage, mais je crois que la naissance du projet vient principalement de ce à quoi j’ai pu assister dans le métro. Une femme répétait les mêmes mots pour faire la manche. Lorsque nous avons discuté, en très peu de temps, elle m’a répliqué avec sarcasme qu’elle était prête à devenir comédienne. Enfin, je pense que c’était du sarcasme. Cette phrase m’est beaucoup restée. Puis, il y a eu des problèmes en novembre 2021. Comment traiter de la précarité tout en la révélant par un twist final ? Avec l’idée du rêve, imposée par le Nikon Film Festival, “Mélissa” s’est tourné en janvier 2022 dans le plus grand des bonheurs.

Quand et où s’est déroulé le tournage ?

Emeric Gallego : Le tournage s’est déroulé dans un délai extrêmement court. Un après-midi aura suffi pour tourner le film. Nous avons eu la chance d’avoir l’autorisation de tourner à Bercy, mais aussi à l’Espace Beaujon. C’est une magnifique salle de théâtre aux lumières qui correspondaient parfaitement au ton du film. Le film s’est quasiment fait en 48h. Un tournage le vendredi, puis le rendu final un dimanche et prêt à l’envoi. 

Quelles ont été les conditions de ce tournage ?

Emeric Gallego : Soyons francs directement… j’ai adoré ce tournage ! Il y a certes eu des imprévus qui m’ont fait changer mon léger découpage technique. Mais tout s’est très bien passé. Par exemple, la rue de la scène finale ne correspondait pas à celle du scénario. Pourtant, le rendu était finalement bien meilleur. Quant aux lumières de l’Espace Beaujon, ce fut une véritable aubaine. La principale difficulté était de trouver le lieu parfait pour filmer ce faux seul en scène. J’ai d’abord pensé au Mélo d’Amélie, puis à la Croisée des Chemins. Sauf qu’un problème de lumières et de tailles s’imposait. En peu de temps, j’ai demandé au théâtre la possibilité de tourner. Ils ont immédiatement accepté. Nous avons tourné le seul en scène en exactement 3 heures. Le découpage technique fut même finalement complètement abandonné. Il y avait aussi des plans incroyables, mais nous avons dû y renoncer au montage.

Parlez-nous de l’actrice Jennifer Guillet qui incarne le rôle de Mélissa.

Emeric Gallego : J’ai rencontré Jennifer par l’intermédiaire d’une grande comédienne qui avait joué dans “Camille”, un de mes plus gros succès. J’ai eu beaucoup de chance d’avoir Jennifer sur le tournage. J’avais un peu écrit le rôle pour elle au fur et à mesure que l’histoire se développait. Jennifer avait déjà tout ce que je recherchais chez Mélissa (son caractère, son dynamisme, cet attachement) et ce fut génial qu’elle accepte. Nous avons fait de longues répétitions ensemble, nous avons revu le scénario, et nous avons même improvisé des plans qui pouvaient être une bonne idée. Sans elle, je n’aurais tout simplement pas fait le film. 

Le parcours du film est assez impressionnant pour ce type de format. Comment avez-vous procédé pour lui assurer une bonne diffusion ?

Emeric Gallego : Lors du Nikon Film Festival, je pense que le succès de ma précédente participation : “Je suis devant la télé” y a beaucoup contribué. Figurant dans le Top 50 des films les plus commentés de 2021, le twist final changeait complètement le genre du film et avait été un choc. Bien que j’avais annoncé que je ne le ferais pas en 2022, “Mélissa” est arrivée, et malgré son succès un peu moindre, il fut très bien accueilli. Un journal sur Instagram à même répertorié une story pour dire que ce film était un coup de cœur. Je sais que Mélissa est un peu moins accessible que beaucoup d’autres films, mais j’ai quand même essayé les démarches dans les festivals et il a marché. J’espère que son succès continuera. Je sais que “Mélissa” a du potentiel et pour le moment, il est entre de bonnes mains.

 

Image de l'actrice Jennifer Guillet incarnant le personnage de Mélissa

 

Jennifer Guillet, vous incarnez Mélissa. 

 

Qu’est-ce qui vous a plu dans le scénario ?

Jennifer Guillet : J’ai adoré l’intelligence avec laquelle le sujet était amené. J’ai trouvé qu’on n’avait pas vu ça présenté de cette façon. C’était fait avec beaucoup de sensibilité. Et j’ai aussi aimé qu’elle rêve alors qu’elle est dans une situation difficile. Ça veut dire qu’elle a de l’espoir, et j’adore ça ! J’ai beaucoup échangé avec Emeric aussi, pour affiner encore plus les choses, et je trouve que son travail là-dessus est formidable!

Comment vous êtes-vous préparée pour le rôle ?

Jennifer Guillet : Je ne me suis pas beaucoup préparée à l’avance, pour tâcher de garder quelque chose de disponible sur l’instant. J’ai écrit ce que j’imaginais être son histoire. Comment elle en était arrivée là ? Pourquoi ? Et puis, est-ce qu’elle avait une famille ou non? Ce qui avait peut-être pu faire qu’elle ait dû partir, ou qu’elle se soit retrouvée à la rue. Je me suis dit aussi que si elle avait de l’espoir, elle n’était sans doute pas à la rue depuis trop longtemps. Donc, je suis partie de cette idée-là. Je la voyais lumineuse, un peu abimée certes, mais pleine de résilience. Et c’est ce que j’ai tâché de faire passer. Et puis ensuite, sur le plateau, je me suis laissée guider par Emeric. J’ai adoré rencontrer Mélissa. C’était l’expérience de jeu la plus aboutie que j’ai eu à la caméra et c’était un plaisir absolu !

Votre avis sur le parcours du film.

Jennifer Guillet : Je suis super contente des sélections en festival, des retours que nous avons eu. Ils sont magnifiques. Je suis également contente de la reconnaissance du talent d’Emeric, et fière des prix que j’ai reçus en tant que « meilleure actrice ». Toute l’équipe a fait du super travail et je crois que ça a été salué. Je trouve ça aussi très important qu’Emeric puisse se faire connaître pour pouvoir réaliser un jour un long, parce que je trouve qu’il a beaucoup de talent dans l’image et dans les idées. C’est un artiste, et je suis heureuse d’avoir pu entrer dans son univers. Un beau parcours pour le film, et pour nous tous. 

Retrouvez le film dans notre catalogue : « Mélissa »

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